Son village: Marj - Barja

Quatre familles, partageaient le tissu social de Marj: La famille Boustany, Hachem, Azzi et Abou-Orm.
Saïd Boustany était issu d'une famille modeste au sens moderne de ce terme, et le village de Marj était un village, comme tant d'autres dans le Chouf, vivant surtout de la moisson de blé, et de la récolte des olives. mais les villageois ne se plaignaient guère. Les exigences de la vie sont quasiment nulles, la nature subvient à tout, et le besoin de confort se réduit à sa plus simple expression. Le travail n'avait nullement pour but de créer le bien-être matériel. Ce bien-être il le possède, car ni le sol, ni le climat, n'ont de rigueurs pour lui. Le fils comme son père, pratiquait habituellement le même métier: Agriculteur, berger, ou commerçant de bétail. Chaque famille pleurait un fils, une soeur ou un oncle émigré. La pauvreté et l'injustice des Ottomans envers les chrétiens du Liban, les poussa à l' EMIGRATION vers des terres lointaines afin de survivre et ramener de quoi faire vivre leurs parents.

Le courage était probablement le qualificatif le plus adapté à la proche famille de Said. Il faudrait s'imaginer le courage nécessaire pour un paysan des années 1890, pour prendre le bateau de Beyrouth vers Marseille, puis se débrouiller pour rejoindre Le Havre par train, afin de reprendre le bateau transatlantique pour New York, puis de là, vers sa destination finale Vera Cruz au Mexique par exemple. Et cela malgré une méconnaissance totale du Français et de l'Anglais.
Ceci parait presque inimaginable, même pour nous, hommes du 21ème siècle. Quel courage avait Rashideh, la maman de Said, à 25 ans, pour oser faire cette aventure, et revenir à Marj quelques années plus tard, ramenant assez d'argent pour rénover la maison, et faire vivre sa famille une vie décente.

A Marj, Le paysage était cultivé en terrasses. Le climat était plutôt aride et sec, mais dans les vallées de Marj, deux rivières contribuaient à apporter l'irrigation nécessaire aux cultures et aux arbres. Ils constituaient un microclimat humide, et faisait le paradis des oiseaux, des grenouilles ainsi que des cousins et cousines du village pendant les picnik du weekend.
Les instruments aratoires étaient des plus simples; la bêche, la pèle, la charrue, tirée par des boeufs ou des ânes.

Les agriculteurs composaient essentiellement les habitants de Marj. Ils travaillaient de l'aube jusqu'au coucher du soleil, avec comme seul salaire, un pain paysan, deux oignons et une trentaine d'olives.

Salim, le Papa de Said, avait la cigarette à la bouche du matin jusqu'au soir sans interruption. Il allumait sa cigarette le matin, et gardait ainsi le feu utile pour la lumière et la cuisine, toute la journée sans laisser éteindre sa cigarette: Une cigarette était initiée par le mégot encore allumé de la précédente. La première cigarette était allumée par le frottement d'un briquet en métal, au dessus d'un champignon fortement inflammable, recueilli sur les troncs des olivier ou du caroubier (Soufane).

Le matin, les paysans de Marj s'en allaient au champs, ou suivaient le bétail (les deux ou trois vaches qui constituaient la fortune de chaque famille), tandis que les femmes s'en allaient de bonheur, à la récolte des buissons, essentiels pour le feu de la cuisine et de la confection du pain.

Une cabane en pierre dures constituait le four du village. Elle était située en contrebas de la demeure de Abou-Tannous ( appelé ainsi du nom d'un fils qu'il n'a jamais pu concevoir, puisque Nagib Tannous Chlala n'a eu que des filles comme descendantes. Le village lui prêtait ce nom d'Abou-Tannous par respect et afin de lui faire plaisir).

Une fois par semaine, une dame du village, faisait le pain pour tout le village. cette coutume fut abandonnée vers 1960. chaque famille faisait alors son lot de pain.

L'eau courante n'existait pas, et chaque maison possédait un puits, nettoyé chaque année, et rempli d'eau de pluie en hiver. Cette eau était rarement utilisée pour la boisson quotidienne, puisque celle-ci était recueillie aux sources de Barja une ou deux fois par semaine.

Une des cultures les plus répandues était celle du blé, cultivé pour la consommation annuelle du village. Le blé commençait à se semer dès Tischrin ( octobre). Les pousses de blé atteignant un peu plus d'un mètre, les enfants s'y rendaient pour y pratiquer leur parties de cache-cache et leurs jeux préférés. Les jeunes filles cueillaient les fleurs de lys bleu qui poussent habituellement parmi les épis. Il fallait faire très attention aux serpents.

Alors que les adultes n'avaient pas le temps de rêver, les enfants, quant à eux, pouvaient passer des heures à jouer et rêver dans les champs de blé.

Les moissons étaient des périodes festives; tout les villageois y participaient et s'entraidaient. L'aire était toujours à ciel ouvert au milieu des champs, car, dans la saison de la récolte, aucune pluie n'était à craindre. Les épis de blé étaient placés dans le centre de l'aire, et une planche en bois incrustée de cailloux était tractée par une vache qui foulait le blé avec les pieds, et dissociait le grain de l'épis; les enfants se disputaient la place sur la planche en bois afin de servir de lest et l'alourdir, ce qui améliorait la dissociation des grains de blé de leurs épis. C'était toujours l'occasion de gros éclats de rire, lorsque la vache, fatiguée de tourner en rond pendant des heures sur l'aire, lâchait une bouse devant nos pieds.

toutes ces anciennes coutumes étaient fidèlement observées. C'est ainsi que les villageois se réunissaient le soir de la fin des travaux de blé, afin de faire bouillir les centaines de Kilos le blé dans de grosses cuves pour améliorer leur conservation. C’était l'occasion de se servir et consommer dans la joie un bol de blé chaud, mélangé à du sucre.

Une des cultures les plus importantes était celle de la vigne.

A la fin de toutes les récoltes, arrivait l'époque de la vendange. On jetait les grappes dans une grosse cuve, et elles étaient foulées aux pieds par les vendangeurs et les enfants. Le jus ainsi que les serments étaient recueillis dans des tonneaux, et fermentaient afin de fabriquer l'Arak. L'Alambic placé sous un vieil olivier, distillait le précieux liquide qui gouttait dans une cuve pendant trois jours et trois nuits.

Les oliviers de Marj étaient d'une qualité exceptionnelle. Les champs d'oliviers étaient à perte de vue. Chaque famille en possédait des dizaines, voire des centaines. L'olive était recueillie à maturité, collectée et pressée sur le pressoir situé à l'avant d'un cactus géant près de la maison des Abou_Orm, qui toujours dévoués, donnaient un coup de main au familles qui s'attelaient à la presse. Le pressoir était des plus primitifs, et avait guerre évolué depuis le temps des Romains il y a deux milles ans. Il s'agit d'une énorme pierre concave placée à l'horizontale, sur laquelle reposait une autre énorme pierre ronde à la verticale. Cette pierre verticale était attelée à un âne à l'aide d'une poutre, et se faisait tourner par l'âne en cercles sur la plateforme plate. Les Olives étaient ainsi écrasées et la précieuse huile recuellie. Le soir venu, la presse avait fini d'écraser la récolte; on emmenait l'huile et les débris d'olives ainsi recueillis dans le jardin de Fouad Azar Abou ORM ou parfois chez son frère Abdou; c'est là qu'était recueillie l'huile purifiée. On noyait l'huile impure du pressoir dans de gros conteneurs d'eau (Lakan), et Azizé, experte dans ce processus recueillait l'huile qui flottait sur la surface de l'eau. L'huile était alors conservée dans des jarres en argile pendant toute l'année, en attendant la future récolte.

De tous les animaux domestiques, l'âne était celui dont on se servait le plus. Les ânes servaient de montures et de bêtes de somme. Ils tournaient le pressoir d'huile, et étaient surtout attelés avec de grosses jarres en terre cuite, afin de descendre quotidiennement à la source pour ramener l'eau fraiche.

Le bœuf et l'âne étaient les deux animaux considérés comme indispensables. L'emploi des bœufs était répandu dans les taches quotidiennes, mais surtout afin de fournir le lait au village.

La chasse était une activité presque quotidienne. Chaque famille possédait son chien de chasse. Il était usuel, d'aller en visite chez le voisin, accompagné de son chien de chasse, afin de se vanter et louer les qualités raciales de son chien, ainsi que sa capacité à lever le gibier. Le gros gibier était rare, mais les oiseaux abondants surtout lors de la maturité des figues. On chassait les rouge-gorges ou les Ortolans, ou autres petits oiseaux qui ne faisaient guerre plus d'une bouchée chacun. Il s'agissait bien sûr d'une partie de chasse pour le plaisir, mais parfois aussi pour assurer un peu de viande pour la famille.

Avec Said Boustany, malgré sa modestie, Marj vécu des années glorieuses en acceuillant l'école secondaire de la zone couvrant de Barja à Debbiyeh. En effet, Said était nommé inspecteur des écoles, titre assez prestigieux pour l'époque où un instituteur, était déjà une personnalité au village ou même dans les villes. Il profita alors de son influence, pour déplacer l'établissement secondaire de l'école de Barja à Marj. Il dût alors louer les quelques pièces vacantes des maisons du village, afin de les affecter aux locaux du lycée. C'était un défi qu'il a relevé et réussi, à l'étonnement de tous. C'était peut-être pour lui, une sorte de vengeance contre son enfance, période à laquelle les enfants de Marj devait se déplacer à pied jusqu'à l'école de Barja, sous le soleil de plomb, et parfois eux, Chrétiens, essuyant quelques insultes des enfants musulmans de Barja. Ce lycée y resta ainsi jusqu'après le décès de Said Boustany, date à laquelle l'école secondaire réintégra Barja.

 

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